(2012)
Pour violon et électronique en temps différé
durée 14 mn
Commande du GRM pour Aisha Orazbayeva
Création le 5 Mai 2012 au Studio 105 de Radio France,  par Aisha Orazbayeva – Technique Philippe Dao.

Traces VIII, pour violon et dispositif électronique, poursuit le cycle de pièces pour instrument seul avec transformation en  temps réel ou différé, fil rouge de mon travail de compositeur. Les différentes Traces, sorte de journal intime compositionnel, abordent les problématiques musicales qui sont les miennes aux différents moments de leur écriture.

La forme de Traces VIII est ouverte et structurée en cinq mouvements… Le passage entre deux mouvements consiste à les « agrafer » avec un détail commun parfois anodin. Ainsi chaque mouvement  débouche sur un autre, les deux n’ayant  que peu ou pas de rapport entre eux si ce n’est qu’une relation de complémentarité.

Plusieurs trames formelles tissent son déroulement : entre-autres, une trame régit l’amplitude sonore, une autre le dévoilement progressif du timbre et du registre. Pour parler plus précisément, elles consistent en une progression linéaire qui va du son intime à la profusion sonore.  La mise en œuvre en est la suivante : à chaque mouvement correspond une sourdine spécifique. La progression se fait du son le plus étouffé au son libre, de la sourdine en plomb au son naturel sans filtrage, en passant par la “practice mute” et la sourdine ordinaire. Ce dessin acoustique est corroboré parallèlement par le même procédé, mais dans sa forme électronique, qui utilise différentes formes de filtrage et d’enrichissement du timbre.

Une troisième trame concerne le timbre et le registre. Elle se déroule presque parallèlement à la précédente et contribue en quelque sorte à sa lisibilité : au fur et à mesure que la pièce se déroule, la palette sonore s’enrichit par l’introduction progressive de modes de jeux. Dans le même temps s’opère une ouverture du registre qui aboutit au quatrième mouvement qui utilisera  exclusivement la région suraigüe du violon et les sons ultra-graves de l’électronique.  Ces extrêmes vont créer un vide spectral dans toute la région du médium qui sera vite comblé dans le dernier mouvement où l’on écoutera pour la première fois le timbre naturel du violon.

Le traitement du temps est tout autant dynamique, et va du temps strié mais pas pulsé au temps strié /pulsé, à la pulsation fantôme ou au temps suspendu…

L’écriture pour instrument seul avec transformation en  temps réel ou différé est pour moi la synthèse idéale de la musique instrumentale et des possibilités multiples et toujours extensibles, de l’électronique : d’un côté, la riche palette du soliste avec sa présence sur scène, sa virtuosité, sa  richesse sonore, son expérience, son charisme… , de l’autre, toutes les extensions du son, du timbre, de l’espace, du temps, et surtout la possibilité de créer et superposer plusieurs plans sonores.

La dimension multiple offerte par l’électronique combinée à la souplesse de l’écriture pour un instrument soliste, fait de ce genre une sorte de magnifique laboratoire permettant de trouver des articulations formelles nouvelles.

HISTORIQUE

• 5 Mai 2012
Aisha Orazbayeva Violon / Technique Philippe Dao
Festival “les Musiques” GMEM
Marseille

• 14 Juillet 2012
Aisha Ozbarayeva violin technique GRM
Latitude Festival BBC Radio 3 Late Junction
Londres

• 20 Juillet 2012
Aisha Ozbarayeva violin technique GRM
Non Classical at V22 Summer Club
Londres